lundi 9 avril 2007

Ma curieuse naissance

Je ne sais si c'est le fait qu'un nouveau printemps est là, même s'il n'est guère ensoleillé, mais j'ai envie de retourner vers le passé qui, malgré bien des privations, était bien plus riant puisqu'on voyait les petits rire bien plus souvent qu'actuellement. On faisait des rondes, on chantait des ariettes adaptées à l'âge des gamins, on jouait à la marelle, on sautait à la corde ... enfin, en bref, nous avions notre âge, et surtout, on respectait les cheveux blancs.
Il me revient en mémoire une charmante poésie que j'ai en partie oubliée, car il me faudrait puiser très loin dans mes souvenirs d'enfant pour la ressusciter strophe par strophe. J'ai toutefois souvenance du début, que vous voudrez bien prolonger, si vous en êtes capables :
"Quand tes cheveux seront tout blancs, quand tes genoux seront tremblants, pauvre mère, c'est moi qui ..." (éclipse). Je me souviens d'avoir à l'école, souri en cachette lorsque cette leçon nous a été donnée à apprendre par coeur pour le lendemain. J'avais loin de moi, une mère qui n'en était pas une, et il était probable que toutes ces déchéances se produiraient sur sa personne, sans que je ne les constate, ce qui en fait, n'était pas plus mal. Mais là, je me trompais !!!! Heureusement, la bonne fée "Famille" en avait mis une de remplacement dans ce qui, rustiquement, figurait un berceau dans lequel je gigotais comme tout nouveau-né qui se respecte. Mon maillot était une chemise de ma grand-mère, que j'inondais avec conscience car mon arrivée intempestive n'avait prévu qu'il faudrait m'emmailloter, pour cacher mon attendrissante nudité. En général, nous avons la bêtise de regretter de ne savoir à l'avance, ce qui nous attend, et mon dieu! Comme il a été sage en nous le cachant!
Ce jour, 21 mars, est le premier du printemps. On l'aurait voulu ensoleillé, dorer le bleu outremer de notre ravissante mer, mais cette dernière refuse de se parer de ses beaux atours. Pourtant, en catimini, je m'en réjouis car je la préfère lorsqu'elle se met en colère.
Dans exactement 10 jours, les Rameaux, avec majuscule, seront à l'honneur et j'espère que les traditions seront respectées en offrant à chaque enfant, une palme ou un rameau bien garni de friandises, pour commencer à les grignoter durant la messe Pascale autant que l'agneau. Mais personne ne saura, sauf vous, qu'en avril 1914, à 5 heures du matin, j'atterrissais sur cette "vallée de larmes", afin de faire une âme en peine de plus. Bah! Ne soyons pas maussades, comme le gris du ciel, qui inspire en moi un ciel de neige. Il y a dans l'existence, tellement de choses dignes d'avoir été connues! J'évoque une brassée de fleurs dans les bras d'une jeune fille, un brin de muguet au bout des doigts d'un jouvenceau qui ne sait comment il sera accueilli par sa belle conquête. J'admire celui que tient, entre ses bras, la jeune mariée qui va l'offrir à la Vierge Marie, pour qu'elle protège son foyer qui débute. J'admire tous les anniversaires, toutes les fêtes largement fleuries, tous les couples unis qui, à présent, savent que c'est pour la vie.
Je me signe devant ce corbillard, qui passe devant moi. Les fleurs de vie, ornant les gerbes et couronnes, embaument au passage, afin de donner un ultime regret à celui ou celle qui commence à présent sa dernière promenade sous des nues, pleurant avec elles des larmes de pluie. Qu'importe puisque demain, ruisselantes d'or sous le soleil, elles pareront stèles et tombeaux pour dire à ceux qui ne sont plus, qu'ils ne sont pas oubliés.
Comme l'existence serait amère s'il n'y avait plus de fleurs pour l'agrémenter.
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vendredi 6 avril 2007

Allo, chère grande amie

Ce matin, mon amie Elsa, me semble « toute chose ». Je m’inquiète et lui dis que si elle a un problème, surtout qu’elle n’hésite pas à se confier à moi. Doux Jésus! A quoi serviraient les amis si on ne pouvait compter sur eux aux mauvais moments de l’existence! J’entend à l’autre bout du fil sa voix languissante m’affirmer qu’elle n’a rien de spécial mais qu’elle se sent dans cet état d’esprit, avec ce vague à l’âme, qui coïncident avec ses prémonitions: » Je suis sûre qu‘aujourd‘hui, il va m‘arriver quelque chose de désagréable. Je me sens « en communion » avec le temps. » Eh bien, nous y voilà! Le soleil ne parvient pas à percer le gris du ciel. Il se plaît dans sa grisaille et cela influe sur l’humeur de mon amie Pipelette. En outre, elle n’a pas vu le petit oiseau chanteur qui, dès les premières lueurs du jour, vient gazouiller sous sa fenêtre. Il n’en faut pas plus pour lui ôter toute envie de rire et plaisanter. Mais je la connais bien! Après un début de conversation, elle va redevenir cette charmante compagne pleine d’humour et de joie de vivre. Pour l’instant, c’est ce côté latin qui domine et qu’elle ne parviendra jamais à chasser. Elle a gravées en elle toutes les superstitions héritées de sa grand’mère Amalia laquelle les tenait de ses deux « mémés » J’use enfin des grands moyens auxquels elle ne pourra résister: « Je me sens un peu seulette. Si vous veniez déjeuner avec moi? » Un « Oui, bien sûr! Un « ravalement de façade » , à grands renforts de crème et rouge à lèvres et me voilà! J’arrive. » Je suis certaine que nous allons passer une excellente journée car nous irons faire une promenade au bord de mer, en tâchant d’oublier les quelques coups de vent qui vont nous écheveler.
Je viens d’ouvrir le journal et je vois qu’en page 24, un titre en caractère gras nous informe que Monsieur Sarkozy, d’emblée, refuse un débat à quatre sur Internet, avant le premier tour des présidentielles. C’est catégorique. Par contre, Monsieur François Bayrou le souhaite. Notre gazelle Ségolène et Monsieur J.M Le Pen disent oui. Quatre visages nous apparaissent, bien différents. François, le premier est lancé dans la discussion; Notre Royale Ségolène, toujours très élégante, présente un dépliant qu’il m’est impossible de déchiffrer. A sa gauche, Monsieur Bayrou, lui fait suite, et défend son point de vue devant deux micros. Enfin, toujours aussi peu sympathique et, sur la photographie, faisant la moue, le yeux mi-clos, Monsieur Jean-Marie Le Pen. En quelque sorte, les quatre mousquetaires réincarnés. cela promet de beaux combats... oratoires mais soyons patients: ils ne manqueront pas jusqu’aux présidentielles. Nous aurons peut-être la chance d’entendre Madame Ségolène nous sortir quelques mots charmants de son cru sinon de celui de Monsieur Voltaire. Espérons que son raccourci de phrase ne sera pas un rallongi.
C’était hier mon anniversaire. Je vais vous taire le nombre de mes printemps car ce serait réitérer puisque je vous les ai déjà mentionnés. Tant pis si vous faites parti des compatriotes à la mémoire courte. Si la question vous intéresse, sachez que j’ai reçu entre autres cadeaux, un livre traitant de la vie d’Henri IV. On sait dans ma famille que j’ai un petit faible pour cette tête couronnée qui se comportait souvent, à quelques choses près! en homme plutôt qu’en roi. Bien sûr, sa façon de gérer sa vie privée ne pouvait que lui nuire et la liste de ses conquêtes offusquer, tous les braves gens honnêtes.
En feuilletant brièvement, cet album, une page m’apparaît avec, en titre : une affaire de sorcellerie à Loudun. Cette ville du Poitou me fit souvenir qu’au cours du siècle dernier, on avait parlé dans la presse d’une bonne dame qui avait vécu dans cette ville mais je ne me souviens plus pourquoi son nom était mentionné. J’apprend que lors d’une épidémie de peste, on avait enregistré la mort de 3500 personnes. La population avait pu admirer le courage du curé de l’église Saint-Pierre, Urbain Grandier, qui s’était dépensé pour aller au chevet des malades. Au lieu de récompenser ses mérites, on l’accusa d’être au centre d’une des plus fameuses affaires de sorcellerie du siècle. la principale accusatrice, mère Jeanne des Anges, supérieure au couvent des ursulines, se dit victime des démons associés à Grandier. Le couvent aurait été ensorcelé par un bouquet de roses. Les sœurs disent qu’elles sont victimes de phénomènes, entendent leur nom dans les couloirs, reçoivent des coups sans qu’elles ne voient ceux qui les leur distribuent. L’évêque envoie des exorcistes. L’affaire va durer deux ans. Le confesseur des ursulines, le dit Urbain Grandier, finira par être arrêté, en 1633 malgré qu’il proteste de son innocence. Mais il y a confrontation avec les religieuses qui, possédées, entrent en transe et, l’écume aux lèvres, se mettent à proférer d’épouvantables blasphèmes. Le pauvre bougre est soumis à la torture des brodequins, appareils qui enserrent les jambes du supplicié, et lui brisent les os. Il continue à se dire innocent? Qu’à cela ne tienne! Deux stratagèmes finiront par le perdre. Un chirurgien complaisant fait mine de piquer différents points du corps de Grandier, avec une lancette, pour démontrer que certaines zones sont insensibles, ce qui prouverait son caractère démoniaque. Enfin, on produit un faux écrit en lettres de sang dans lequel le malheureux prêtre aurait signé un pacte avec le diable. Tout cet ensemble de faits aurait le pouvoir de surtout faire rire la Marionnette de l’An 2000 mais à cette lointaine époque, on leur accorde crédit et Grandier sera finalement condamné au bûcher et brûlé vif, le 18 août 1634. La peine de mort our sorcellerie ne sera abolie qu’en 1672, par Colbert.
Je passe une veste sur ma robe; je sors sur ma terrasse et je sens ce bon air venu de la mer toute proche, qui vient caresser doucement, mes joues. Je me sens détendue; heureuse de vivre à une époque où je suis la première à dire sans trop réfléchir,
qu’il n’y a plus de justice et, en signe de mea-culpa, ce soir, je vais réciter ma prière avec bien plus de conviction. Ainsi soit-il !!!...